le voyage d'un bateau partit pour les Iles
Les saintes, Comme ils disent !
Exocet a rejoint les Saintes, pas celle au Sud d’Arles bien sur, les Saintes c’est un petit archipel de quelques îles au Sud de la Guadeloupe. C’est un endroit charmant, mais pas a mon arrivée.
En effet cela fait plusieurs jours que la météo n’est pas sympa avec les vagabonds des Mers du Sud. Du vent fort des nuages, bas chargés de pluie, à par la température on se croirait en Bretagne. Pardon aux Bretons, région que je ne connais pas mais c’est un bruit qui court dans mon midi natal, lorsque le temps est bas avec du crachin et du vent humide, on dit que c’est un temps pour Breton.
De Fort de France où j’ai fait escale une nuit, après avoir attendu deux jours en vain à grande anse d’Arlet que le bistro où les Clarences se font n’ouvre, je me suis décidé à remonter en Guadeloupe en faisant des étapes raisonnables, pas envie de faire des navigations de plus de 10 à 12 heures par 24 heures, pour naviguer de jour, de faire les mouillages bien avant que la nuit n’est enfilée son manteau sombre.
Je suis monté à Saint Pierre, pas encore au paradis, je ne sais si j’y serais bien accueilli, non le Saint Pierre de Martinique, anciennement capitale, mais ruinée par les vengeances de Vulcain en 1902, mais qui n’est toujours pas remise de ses blessures, la zone de mouillage à été sérieusement amputé, par une décision de je ne sais quelle autorité, qui s’octroie le droit de faire la pluie et le beau temps, mais passons, je vais vous ennuyer avec mes idées libérales. Mais je vous laisse juge sur ce panneau de chantier qui donne les coûts pour un ensemble architectural bien modeste mais qui veut faire croire à sa grande importance… Passons.
Au matin, la météo donnait des conditions fortes, mais pas ce qu’il était en réalité, j’avais anticipé, mais pas suffisamment surement. C’est cela la météo ils annoncent des conditions extrêmes et on reste au port ou au mouillage, vous connaissez surement le dicton:"qui écoute la météo reste au bistro". Mais c’était le contraire il pouvait y avoir 30 Nds sous grain mais en fait ils y étaient les 30 Nds sans les grains, alors sous les grains c’était 38 à 40 Nds, avec les vagues qui vont avec, Exocet filait, explosait les lames de Mer qui jaillissaient en gerbes d’eau dignes des grandes eaux de Versailles, avec des arcs en ciel qui naissaient de l’étrave, c’était féérique, mais je suis content que mon mousse ne soit pas à bord, je crois qu’elle aurait imité Jésus marchant sur l’eau, pour regagner le plancher des vaches, et bannir à jamais les bateaux, la Mer et tout ce qui si rapporte.
Récompense, à l’arrivée sous le vent de la Dominique, alors que je suis bien souvent en vigilance sur ce qu’il y a devant ma route, car dans cette Mer les dangers se dissimulent derrières les vagues, il faut en permanence, non, mais très souvent, scruter l’horizon, devant le bateau et sur les deux bords avec attention, sur mon Bâbord je crois voir un Souffle caractéristique, en effet à une trentaine de mètres d’Exocet, une masse sombre se fait jour au gré des vagues, mais cela me permet d’identifier un cachalot de 10 à 15 mètres je ne peux être plus précis, le jet de son évent dirigé en avant, la forme de sa mangeoire dorsale, puis au final sa plongé avec la caudale qui sort de l’eau pour me saluer cela n’a duré que 30 à 40 secondes mais que d’émoi.
Je continue ma route au Nord, jusqu'à un mouillage que je connaissais à Néro, devant un Hôtel ruiné par un cyclone qui ne s’est pas remis de ses blessures. Le plan d’eau est calme à souhait l’ancre plonge par 6 mètres d’eau, bien avant la nuit, je me relaxe un moment à regarder le soleil dans sa course quotidienne qui le plonge dans les eaux là bas à l’Ouest. Puis me couche de bonne heure, 20 heures, pour reprendre des forces qui ont été soumises à rudes épreuves. A trois heures du matin mon sixième sens me réveille, je vais voir sur les instruments la situation, pas de problème, un coup d’œil à l’extérieur pour valider l’information, là je distingue une embarcation à une 50éne de mètres d’Exocet qui vient sur nous sans feu, cachée par la pénombre. Je suis tout sens en éveil, les oreilles pour ce qu’il en reste, les yeux dans cette pénombre, les idées qui tournent comme un CD qui cherche la piste que l’on demande. Je ne vois pas bien car il fait nuit, n’entends rien car cette embarcation arrive a pas feutré, mais distingue cependant un gros zodiac ( terme générique pour dire pneumatique) de 6 à 7 mètre qui avance doucement passe l’arrière d’Exocet, à pas plus de 5 mètres, fait un tour complet du bateau, puis reprend aussi discrètement sa route. C’est un bateau des autorités, police maritime, douane, armée de la marine ou autre qui font une ronde de surveillance. Cela me rassure. Je me remets au lit pour un complément de nuit.
6 h 30 me voila opérationnel, il a plu, il pleut, il pleuvra. Je me prépare tranquillement « pti déj ». Rasage et toilette, puis écoute de la météo, C’est le même bulletin qu’hier. Copie conforme 20 à 25 Nds rafale30 Nds sous grain légèrement humide. J’appareille, des risées, puis des calmes bien caractéristiques de sous le vent des îles. Alors soyons prudent, je sors de la zone sous le vent du mouillage au moteur, sitôt les premières risées ressenties j’établis la voilure, bien sage, puis c’est la succession des risées, des calmes. Puis une fois sortie de l’influence de la Dominique le vent est bien à 30 Nds, 38 dans les risées les vagues commencent à être sérieuses, Exocet part à l’assaut comme un samouraï. La pluie, les vagues qui explosent à l’étrave ou sur le bordé, le bateau qui gite, les passes avant régulièrement sous l’eau, c’est féérique, dantesque, hallucinant, merveilleux. Cela me donne confiance en mon bateau qui réagit comme un véritable coursier des Mers.
Le canal de la Dominique aux Saintes n’est pas dés plus large alors la cavalcade ne dure pas, Exocet sent l’arrivée, j’avais calculé et suivi une route qui me faisait passer par une petite passe, mais vue les conditions je fais un petit crochet, pour prendre la passe plus large et de se fait sécurisante. Je croise une de ces cathédrales des Mers dont il ne reste plus beaucoup de spécimens.
Puis j’affale la grand voile, roule le génois et le moteur me fait faire le reste de la route dans les eaux plus calmes de l’archipel des Saintes.
Je mouille une première fois le plus possible à l’abri de la houle mais c’est une zone réservée aux mouillages sur corps morts je dois aller plus loin, là ou il n’y a pas d’abri pour la houle qui arrive par la passe. Je ne vous refais pas le sketch vous l’avez déjà lu, là où l'on peut confortablement mouiller c’est interdit et payant sur bouée, là où c’est insupportable libre à vous d’allez y mouiller. La protection des sites a bon dos et encore personne n’a pris les armes contre cela ! Ça me rend fou de colère. Résultat je me souviens de centaines de bateaux qui mouillaient devant le bourg apportant la vie et leurs devises aux commerces du lieu, là maintenant sur 60 bouées 20 seulement sont occupées, et bien des fois par des bateaux sans équipage à bord.
La loi tue la loi, l’impôt tue l’impôt.